Categories

Accueil du site > Analyses d’articles > L’entrée thérapeutique de l’oreille interne passe par la fosse (...)

26 mars 2012

L’entrée thérapeutique de l’oreille interne passe par la fosse ovale

King EB, Salt AN, Eastwood HT, O’Leary SJ. Direct entry of gadolinium into the vestibule following intratympanic applications in guinea pigs and the influence of cochlear implantation JARO (2011) DOI : 10.1007/s10162-011-0280-5


Petite révision d’anatomie avant de lire l’analyse de cet article : la rampe tympanique (ST = scala tympani) de la cochlée s’ouvre sur l’oreille moyenne par la membrane de la fenêtre ronde (FR). La rampe vestibulaire (SV = scala vestibuli) s’ouvre sur la platine de l’étrier et son ligament annulaire par la fenêtre ovale (FO). Rampe tympanique et rampe vestibulaire sont séparées par la lame spirale et la membrane basilaire s’insérant sur l’orifice vestibulaire du limaçon. Elles ne communiquent que par l’hélicotréma au sommet de la cochlée (Sauvage JP et al Anatomie de l’oreille interne. Encycl Méd Chir (Elsevier, Paris), ORL, 20_020-A_10, 1999, 16p.)


Les objectifs initiaux des auteurs étaient d’apprendre comment diffusaient les agents thérapeutiques administrés en instillation transtympanique. En effet, il a été démontré que des applications locales de corticoïdes avant implantation cochléaire réduisaient les manifestations vertigineuses postopératoires et augmentaient les chances de préserver les cellules ciliées de la cochlée. Les auteurs ont appliqué du gadolinium (Gd-DTPA) sur la fenêtre ronde de 12 cochons d’Inde à l’aide de tampons imbibés du produit. Sa diffusion a ensuite été suivie 1h, puis 2,5 heures après par IRM. Cette diffusion a été comparée entre oreilles intactes, non perforées et oreilles ayant subi une cochléostomie comme pour une implantation. Les résultats ont ensuite été traités à l’aide d’un logiciel d’analyse d’image.

La surprise a été que chez presque tous les animaux, au bout d’une heure, le gadolinium avait diffusé faiblement dans la partie inférieure du tour basal de la scala tympani et de la scala vestibuli, mais massivement dans la totalité du vestibule et des canaux semi-circulaires. Ces constatations restaient confirmées 2 heures et trente minutes après. L’analyse quantitative, compte tenu de la dimension relative du vestibule comparée au volume de la scala tympani et compte tenu de la difficulté de la diffusion au travers l’hélicotréma suggère que 90% du gadolinium est passé directement à travers la fenêtre ovale et seulement 10% indirectement à travers la fenêtre ronde. Il n’y a eu aucune différence significative entre les oreilles normales et les oreilles ayant subi une cochléostomie.

Gadolinium intratymp­anique

Ces constatations pourraient expliquer la soi-disant résistance des cellules ciliées cochléaires à la gentamicine par rapport aux cellules ciliées vestibulaires par voie transtympanique. La diffusion massive de gentamicine dans le vestibule expliquerait que dans les labyrinthectomies chimiques pour maladie de Menière, l’obtention d’une hyporéflexie calorique ne s’accompagne de surdité que dans 2 à 10% des cas (Aran 1995 - Chia 2004). La fenêtre ronde ne laisserait en fait passer que de faibles quantités de gentamicine. De plus, elles diffusent passivement dans la cochlée ne bénéficiant pratiquement pas du flux endolymphatique. Le passage de la scala tympani à la scala vestibuli ne se fait que par l’helicotréma et le ligament spiral donc très difficilement.

Il pourrait en être de même en ce qui concerne les corticoïdes utilisés en instillation locale pré et per cochléostomie. Cette diffusion à travers la fenêtre ovale expliquerait la prévention des vertiges postopératoires.

Il faut enfin expliquer comment les agents thérapeutiques traversent si facilement la fenêtre ovale. Ils pourraient emprunter de fins canalicules traversant la platine de l’étrier particulièrement fine en son centre. Ou encore passer à travers le ligament annulaire. Mais il faut aussi compter sur l’obstacle constitué par les cellules endothéliales sur le versant oreille moyenne et des cellules endostéales sur son versant périlymphatique. Il faut aussi savoir qu’il y a des différences de structure du ligament annulaire entre les cochons d’inde et les humains. Il y a aussi des différences entre les produits utilisés : par exemple les corticoïdes passent à travers le labyrinthe membraneux contrairement au gadolinium qui reste cantonné dans le compartiment périlymphatique. Reste aussi à extrapoler ou non aux virus. Par quelle fenêtre entrent-t ils ? Par la fenêtre ronde dans les surdités brusques et par la fenêtre ovale dans les vestibulites aigues ?

Christian Chabbert*, Jean-Pierre Sauvage


Références bibliographiques

- Aran JM, Chappert C, Dulon D, Erre JP, Aurousseau C. Uptake of amikacin by hair cells of the guinea pig cochlea and vestibule and ototoxicity : comparaison with gentamicin. Hear Res 1995 ;82:179-183

- Chia SH, Gamst AC, Anderson JP, Harris JP. Intratympanic gentamicin therapy for Menière’s disease : a meta-analysis. Otol Neurotol 2004 ;25:544-552


*Inserm U583 Institut des neurosciences, Montpellier.